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DEFENSE & SECURITE

L'industrie de defense terrestre française

Victanis Advisory Services GmbH
2018-10-06
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Confrontées aux développements géostratégiques d'aujourd'hui et les menaces multidimensionnelles de plus en plus complexes qui s'ensuivent, les forces terrestres modernes doivent s'adapter rapidement à un large spectre de situations et proposer une gamme de réactions appropriées, allant du contrôle des foules lors des opérations de maintien de la paix aux frappes coercitives ou ciblées lors des conflits asymétriques ou de haute intensité.

La France possède une industrie de défense terrestre de pointe et de classe internationale

Les exemples les plus récents des conflits armés en Irak, en Afghanistan ou au Liban ont démontré la nécessité de renforcer la protection, la mobilité tactique et stratégique, et la puissance de feu des forces terrestres. Les opérations réseau-centrées ou la guerre réseaucentrique sont aussi un élément clé dans la transformation des forces terrestres.

La France possède une industrie de défense terrestre de pointe et de classe internationale, qui travaille sur des projets avant-gardistes, en dépit des budgets limités actuels. C'est ce que montre le programme Scorpion ainsi que d'autres innovations dans les domaines du renseignement, des drones, de la protection des forces, des guerres asymétriques et des communications.

L'industrie possède aussi une gamme d'équipement terrestre en développement rapide portant sur tous les domaines. Depuis 5 ans, un certain nombre de nouveaux produits ont été livrés à l’AdT, ou sont en cours de livraison. Ceux-ci incluent les VBCI (Véhicules Blindés de Combat d'Infanterie), les PVP (véhicules blindés légers), le système FÉLIN du fantassin du futur, le système d’artillerie CAESAR, la radio logicielle et autre équipement auxiliaire tel que les casques anti-bruit pour l'équipage des chars et des véhicules blindés.

Une industrie et destinée à l'exportation

L'industrie française de défense terrestre joue un rôle important dans les exportations totales de la France. Ses zones principales d'exportation sont : l'UE (export et coopération) ainsi que les destinations d’exportations lointaines, en particulier le Moyen-Orient mais aussi les Amériques et l'Asie-Pacifique.

Une industrie variée, complémentaire et globale 

L'industrie française de défense terrestre comprend non seulement les grandes entreprises de classe mondiale mais aussi un réseau de petites et moyennes entreprises innovantes (PME). Avec cette double couverture, l'industrie est en mesure de présenter à la fois des propositions complexes (telles que des systèmes de systèmes) et du matériel prêt à l'emploi tout en développant des projets s'étalant sur plusieurs années ou répondant aux besoins opérationnels urgents. 

Ce caractère complémentaire et les liens étroits entre les PME et les grandes entreprises apportent à l'industrie française de défense terrestre une souplesse et une polyvalence exceptionnelles.

Enfin, l'offre française inclut le suivi des ventes à l'exportation qui comprend un ensemble de mesures d'assistance technico-opérationnelles (conseil et formation, retour d'expérience, services de support à vie) tout au long du cycle de vie de l'équipement. L'industrie a toujours été traditionnellement très ouverte aux partenariats de coopération et aux transferts de technologie. Cette approche pragmatique lui permet d'atteindre de nombreux marchés, tout en favorisant une confiance réciproque.

Une offre française renouvelée dans le secteur aéroterrestre

S'appuyant sur l'expérience opérationnelle des forces armées françaises, l'industrie terrestre produit une gamme d'équipement terrestre sans cesse renouvelée, et couvrant tous les domaines : l'infanterie, les hélicoptères, l'artillerie, le génie et l'équipement connexe. Ces articles, initialement conçus pour répondre aux exigences de l'armée française et pour s'adapter aux nouvelles menaces, sont également proposés par la France aux forces armées des pays amis voulant les acquérir. 

Dans le domaine de l'infanterie, les VBCI, qui sont développés par Nexter Systems en tant que maître d'œuvre et Renault Trucks Defense en tant que sous-traitant, fournissent une mobilité de protection et un tir d'appui accrus aux fantassins, y compris en milieu urbain. L'armée française doit en recevoir un total de 630 jusqu’en 2014.  

L'infanterie française prendra aussi livraison, en 2014, de la totalité des 22.588 systèmes de fantassins du futur FELIN. Les vêtements et l'ensemble de l'équipement FELIN, disponibles pour l'exportation, est un système intégré et modulaire de pointe qui permet d'optimiser et multiplier les capacités des combattants en termes de protection, de mobilité, de communication, de létalité, d'observation et de survie. Son concepteur, Sagem Défense Sécurité, a aussi été choisi par la Suisse en tant que sous-traitant principal pour le système de fantassin du futur suisse, dont le maître d'œuvre est EADS.

Le système FELIN est entièrement compatible avec les VBCI et les PVP. Le véhicule PVP est fabriqué par Panhard et est spécialement conçu pour les communications tactiques. Depuis 2008, les PVP ont commencé à remplacer les véhicules légers non blindés de l'armée. L'armée doit recevoir 933 exemplaires. A la suite de plusieurs déploiements opérationnels réussis, cet équipement a acquis le statut de "Combat Proven". Le PVP est aussi disponible pour l'exportation, pour les forces de sécurité et militaires telles que l'Allemagne.

La toute nouvelle gamme de véhicules Sherpa développée par Renault Trucks Defense est aussi disponible pour l'exportation. La gamme Sherpa comprend des camions tactiques, des véhicules et le véhicule blindé léger 4x4 (Sherpa Light). L'OTAN et la France sont les premiers acheteurs, avec l'achat de camions tactiques et du châssis automoteur d'artillerie CAESAR. L'ARAVIS, développé par Nexter Systems, apportera aux troupes françaises en Afghanistan un très haut niveau de protection qui leur permettra d'accomplir des missions de reconnaissance des lieux en toute sécurité. Ce véhicule multi-missions (patrouille de combat, reconnaissance des lieux, protection des convois, etc.) propose la meilleure des solutions éprouvées en terme de mobilité ainsi que les avantages opérationnels d'une polyvalence prévue dès la conception.

Dans le domaine des hélicoptères, Eurocopter a intégralement renouvelé l'offre française, avec son hélicoptère Tigre utilisé pour des missions de combat et de soutien aérien rapproché, avec le NH-90 pour le transport tactique et le EC725 Caracal pour des missions spéciales (recherche et sauvetage au combat, forces spéciales, etc.). 

Ces aéronefs sont devenus indispensables aux forces armées d'aujourd'hui et sont très demandés pour les opérations telles que le déploiement des EC725 Caracal en Afghanistan, et pour l'exportation (14 pays ont passé commande de NH-90, 4 pays ont commandé des Tigres, 2 pays ont commandé des EC725) 

Le tout premier régiment de Tigres de l'armée française a été constitué en 2007. L’ALAT a déjà pris livraison de 8 EC725 Caracal alors que les premiers NH-90 français produits en série sont péniblement livrés depuis 2011.

Dans le domaine de l'artillerie, l'industrie française figure parmi les premières qui proposent des produits aussi innovants que le système d'artillerie CAESAR de Nexter ou le système de mortier embarqué 2R2M de Thales/TDA Armements. Ces deux produits renforcent la mobilité et la puissance de feu des unités d'artillerie. 

Le système CAESAR, qui comprend un canon de 155mm/52 calibres monté sur un châssis de camion tactique, se distingue par sa mobilité, sa précision et sa survivabilité en comparaison des canons automoteurs conventionnels. Plus de 160 systèmes CAESAR ont déjà été commandés par trois pays, y compris la France, qui a déjà déployé plusieurs systèmes en Afghanistan. 

Le système de mortier embarqué 2R2M à canon rayé de 120mm, un système d'une très grande mobilité et précision développé par Thales/TDA Armements, vient d'être commandé pour l'exportation par le Sultanat d'Oman pour ses véhicules blindés VAB.

En plus des domaines de l'infanterie, des hélicoptères et de l'artillerie, la nouvelle gamme d'armes française couvre un certain nombre d'équipements adaptables à toutes sortes de plateformes françaises et étrangères. Elles comprennent les munitions de précision, les systèmes d'information et de commandement, les télécommunications, les systèmes de renseignement multi-senseurs, l'optronique, les systèmes de positionnement et de poursuite, les anti-EEI , les drones ("UAV") et robots terrestres, le matériel de génie, les systèmes de détection de snipers et les systèmes d'autoprotection. 

Le commandement et le contrôle 

A titre d'exemple, les principaux fabricants français tels que Thales, EADS, Sagem Défense Sécurité (une filiale de SAFRAN) sont tous impliqués dans la numérisation des forces terrestres françaises, ce qui donne lieu à la mise en place de systèmes d'information et de commandement consacrés à tout l'ensemble des niveaux opérationnels (les forces, les régiments, les unités). 

Par ailleurs, les VBCI, les PVP et les systèmes de fantassin du futur FELIN sont tous équipés de systèmes d'information et de commandement interopérables, de transmission d'ordres, de partage de situation tactique ami/ennemi, et soutenus par un suivi logistique. De tels systèmes permettent d'améliorer les communications et de mieux coordonner les actions de tous les participants sur le champ de bataille. Ils ont déjà été testés avec succès par l'armée française en Côte d'Ivoire et seront bientôt testés en Afghanistan sur d'autres plateformes telles que les véhicules blindés légers VAB et VBL. 

De plus, avec le savoir-faire de l'industrie française en matière de systèmes d'information et de commandement, les forces françaises ont dorénavant des centres de commandement multinationaux qui permettent à la France d'obtenir le statut de nation cadre dans les opérations à l'étranger, et ce à la fois au niveau de l'UE et de l'OTAN. Ces technologies d'information et de commandement sont déployées dans l'armée, aux niveaux du quartier général du corps de réaction rapide-France (QG CRR-Fr) basé à Lille ou du commandement des forces terrestres (CFT) .

La base industrielle et technologique de défense (BITD)

Afin de répondre aux exigences d'aujourd'hui et de demain, l'équipement des forces terrestres repose sur une base industrielle et technologique de défense (BITD) stable et solide, capable de satisfaire rapidement les besoins des forces armées qui sont pleinement associées aux efforts de recherche et développement (R&D). L'objectif est d'obtenir la supériorité opérationnelle. 

Aujourd'hui, l'industrie de défense terrestre est composée d'un réseau bien équilibré de grandes, moyennes et petites entreprises (sur les 198 sociétés membres du Groupement des Industries Françaises de Défense Terrestre (GICAT), 80% sont des PME) et offre une gamme étendue de compétences et produits qui couvrent le spectre complet des opérations des forces terrestres.  

L'industrie française de défense terrestre jouit de compétences techniques de pointe comparables à celles des États-Unis dans divers domaines tels que la sécurisation des communications ou le combat nocturne. Englobant à la fois des entreprises de classe internationale et des PME innovantes, la BITD française terrestre a également une industrie qui est capable de fournir des offres complexes tout en agissant comme architecte intégrateur de système de systèmes ("SoSI") , produisant de l'équipement dual et prêt à l'emploi, développant des projets sur le long terme et répondant aux besoins opérationnels urgents (BOU) .

Les sociétés françaises de l'industrie terrestre et aéroterrestre réalisent actuellement un chiffre d'affaires de 4 milliards d'euros pour un effectif de 16.000 personnes. Elles agissent en tant que fabricants d'équipement ou maîtres d'œuvre, dans cinq secteurs principaux :

  • le secteur des véhicules et véhicules blindés, dans lequel elles développent et produisent des systèmes blindés de très courte portée, des véhicules de communication tactique et logistique, et des systèmes d'amélioration de la mobilité et du génie.
  • le secteur de l'électronique et des systèmes : architecture du commandement, systèmes de renseignement et de communication, systèmes de composants électroniques des systèmes d'armes.
  • le secteur des armes et des munitions : systèmes d'artillerie, munitions conventionnelles et de précision, qui connaissent également des évolutions importantes.
  • le secteur aéroterrestre : systèmes de missiles, drones ("UAV") et hélicoptères.
  • le secteur des services : systèmes d'aide à l'entraînement (c'est-à-dire, la simulation) et capacités logistiques.

La coopération dans le domaine des industries de la défense

L'industrie de défense française, bien que très encadrée par la DGA, a toujours traditionnellement été ouverte à la coopération, aux partenariats et aux transferts de technologie. Au niveau européen, elle est impliquée dans les structures industrielles de l'ASD (l'association européenne de l'industrie aéronautique, spatiale et de défense) avec une participation active dans l'ELDIG (groupement européen des industries de défense terrestre). Elle participe aussi aux études coopératives gérées par l'AED (l'Agence européenne de défense) telles que le projet "Force Protection".

De plus, l'industrie du secteur terrestre contribue une part importante en matière d'exportation de défense, avec un chiffre d'affaires de presque 1.5 milliards d'euros, ce qui représente une part importante des exportations de défense françaises. Elle est impliquée dans la coopération européenne, avec des programmes tels que celui du Tigre et du NH90 et figure également parmi les premiers contractants aux clients potentiels dans les domaines des systèmes C4I et des véhicules blindés. Enfin, ses groupes de travail GICAT, et aussi son soutien aux PME sont conformes à la nouvelle approche du gouvernement concernant la BITD européenne et la relance des exportations.

Elle travaille aussi en synergie avec la Direction générale de l'armement (DGA), ce qui lui permet de fournir des systèmes d'armes taillés sur mesure aux menaces actuelles changeantes, et capables de produire de la dissuasion tactique dans les crises actuelles, avec l'accent mis sur :

  • les manœuvres tactiques, par exemple avec le VBCI développé par Nexter et Renault Trucks (sous-traitant), le véhicule ARAVIS développé par Nexter et avec les véhicules blindés légers de Panhard (PVP) ;
  • le contrôle du terrain et des populations avec le système de fantassin du futur FELIN développé par Sagem Défense Sécurité ;
  • les frappes réactives de précision à longue portée avec les systèmes CAESAR de Nexter.
  • Le secteur terrestre français est toujours à la recherche d'avancées technologiques, ce qui en fait un contractant haut placé par rapport aux capacités fondamentales des forces terrestres surtout en ce qui concerne :
  • les systèmes de reconnaissance à courte portée, avec les drones DRAC produits par EADS DS, et les solutions techniques de Bertin pour les milieux urbains ;
  • la numérisation du champ de bataille grâce aux réseaux à large bande et sécurisés (radio logicielle Thales et EADS BLRIP) ;
  • la protection active des forces (anti-EEI) et les véhicules blindés contre les menaces antichars.

Dans le domaine des munitions, les forces armées ont de nouvelles exigences surtout en ce qui concerne la réduction de la vulnérabilité des plateformes de combat (Munitions Insensibles - les munitions à risques atténués) ou les coûts d'exploitation et de possession. 

Ces attentes sont remplies grâce aux chargements en explosif composite MURAT développés et produits par EURENCO (une filiale du groupe SNPE). Ces chargements insensibles MURAT garantissent la sécurité totale du personnel, tout en fournissant aux systèmes d'armes des capacités de haute performance. EURENCO participe aussi aux nombreux programmes transnationaux en partenariat avec plusieurs fabricants de munitions et organisations gouvernementales, qui visent le développement de produits énergétiques adaptés à leurs besoins : des charges modulaires pour artillerie, des charges propulsives et de la poudre pour les munitions à gros calibre, des explosifs et composés chimiques, de nouvelles molécules d'énergie, et du blindage réactif. 

Enfin, cette industrie de défense terrestre d'envergure mondiale est soucieuse de rester innovante et travaille sur des projets de pointe malgré les budgets limités. La France possède une industrie de défense terrestre de pointe et d'envergure mondiale, qui travaille sur des projets d'avant-gardes, nonobstant les limites budgétaires. Elle est donc au cœur des capacités des forces armées futures et des démarches de prévision, comme en témoigne l'opération globale Scorpion lancée en avril 2010. Cette opération a pour objectif d'améliorer l'efficacité des unités de combat.

SCORPION : Relever les défis stratégiques actuels et futurs

Le programme Scorpion est conçu pour assurer la modernisation des groupements tactiques interarmes (GTIA), unités de combat au sol. Scorpion est un programme structurant pour l'armée de terre et répond à une des grandes priorités du Livre blanc français en défense : la remise à niveau des moyens des forces terrestres. 

Le programme Scorpion a pour objectif :

  • de renouveler ou moderniser les véhicules blindés de combat (transports de troupe blindés, chars légers et chars lourds), datant des années 70, 80 et 90 ;
  • d'améliorer la protection des combattants et des matériels ;
  • d'accroître l'efficacité des soldats et des systèmes d'armes par la mise en réseau des systèmes d'information et de combat.

Selon la DGA, Scorpion permet de concevoir et réaliser des forces opérationnelles interarmes combinées, ou GTIA, non comme l'addition de plateformes armées, mais comme un système de combat global, fédérant combattants et systèmes d'armes par la transmission et le partage instantanés des informations. 

Cependant, le programme Scorpion prend également en compte les actifs existants et les programmes actuellement en phase de production, en particulier le véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI), ainsi que l'équipement du fantassin du futur Félin. Il complète ainsi l'équipement de l'armée aux meilleurs standards.

La préparation du programme Scorpion a été commencée dès 2005, avec le programme d'étude amont BOA (bulle opérationnelle aéroterrestre). Des travaux d'analyse fonctionnelle et d'analyse des coûts ont ainsi été conduits pour rechercher le meilleur compromis entre les aspects techniques et financiers du programme. Ce travail d'analyse préalable a porté sur la structuration du calendrier, les choix capacitaires et techniques, et l'organisation contractuelle du programme.

A partir de ces travaux, lors du comité ministériel d'investissement (CMI) du 22 février 2010 le ministre de la défense (à l’époque H.Morin) a décidé que les dispositions suivantes seraient retenues : 

  • conduire le programme selon une approche incrémentale pour limiter les risques, notamment calendaires ;
  • prendre en compte, dès le lancement du programme, le coût global de possession (acquisition et soutien), enjeu majeur afin de maîtriser dans la durée l'ensemble des coûts ;
  • mettre en œuvre un fonctionnement en plateau qui rassemble des officiers des forces armées, la DGA et l'industrie, afin de permettre de faire les meilleurs choix en terme de conception et de production ;
  • nommer un architecte intégrateur qui veillera sur l'ensemble du programme et responsable de l'élaboration du système d'information ;
  • faire appel à un maître d'œuvre de l'industrie pour chacune des plateformes principales ; 
  • rechercher l'architecture système optimale parmi les 13 options présentées, afin d'obtenir le meilleur compromis entre la capacité et le coût.

Scorpion est un élément clef pour accroître l'efficacité opérationnelle des forces. Il fut et sera conduit par étapes successives articulées autour de jalons de validation clairement identifiés et de livraisons au plus tôt, pour permettre une mise à disposition progressive des nouvelles capacités au profit des forces armées. 

La DGA, qui supervise la mise en œuvre générale du programme en relation étroite avec l'Etat-major des armées et l'armée, travaillera aussi avec un architecte de l'industrie à travers une plateforme de commande. Le but est de mettre en place une ingénierie système taillée sur mesure aux systèmes complexes.

La phase d'élaboration de Scorpion durera jusqu'en 2012. Elle consiste à finaliser l'architecture détaillée du programme et les aspects techniques du programme, à opérer les choix industriels et à préparer les différents contrats.

Cette première phase sera suivie par la phase de réalisation qui se déroulera jusqu'en 2020. La phase de réalisation comportera la livraison des premiers véhicules blindés multirôles VBMR qui remplaceront l'actuel véhicule blindé léger VAB à partir de 2015, la livraison des premiers engins blindés de reconnaissance et de combat (EBRC) qui remplaceront à partir de 2018 les actuels blindés légers AM(X)  10 RC et Sagaie, ainsi que l'implémentation des systèmes d'information et de combat de Scorpion (SICS) à partir de 2014.

La livraison des VBMR et des EBRC se poursuivra après 2020 et des adaptations concernant les véhicules et les systèmes des forces terrestres seront mises en œuvre en fonction de l'évolution des besoins opérationnels.

En bref, Scorpion couvre la conception architecturale, le développement du système de gestion du combat réseaucentrique de la prochaine génération sous le nom de SICS V1, et le développement de trois nouveaux véhicules blindés de combat. 

Ceux-ci comprennent les véhicules blindés multi-rôles VBMR qui seront nécessaires dans deux catégories de poids — lourd (20 tonnes) et léger (11 tonnes) — et les EBRC, un char léger de 25 tonnes. 

La modernisation des équipements existants fera aussi partie du programme, ce qui comprend le char lourd Leclerc et le VBCI. D'autres éléments du programme Scorpion comprennent une variété de systèmes sans pilotes, de tailles et de capacités diverses. 

L'ensemble, le système d'information et de combat Scorpion et des kits de numérisation associés, ainsi que les véhicules blindés de combat d'infanterie VBCI et le système de fantassin du futur Félin, sera déployé par les forces armées. Cet équipement permettra de constituer progressivement 18 GTIA Scorpion, intégrés et numérisés, entre 2014 et 2020. Selon la DGA, environ 5 milliards d'euros auront été alloués au programme Scorpion d'ici 2020.

L'Offre globale française

Soutenir l'exportation d'équipements de défense et de sécurité est une grande priorité pour la France et son Ministère de la Défense actuel, Jean-Yves le Drian. Le gouvernement est ainsi engagé aux côtés de l'industrie afin de fournir le meilleur service possible aux clients étrangers intéressés par les systèmes terrestres français. Plus qu'un simple équipement, un service complet est fourni aux forces armées des pays amis, grâce au savoir-faire et au soutien opérationnel français proposé durant toute la vie du programme et de l'équipement.  

Les Défis futurs

Le secteur terrestre de la défense reste une industrie de souveraineté qui contribue à l’autonomie d’action des forces terrestre françaises. Partant de ce principe il est indispensable que l’industrie de la défense terrestre conserve des capacités de conception, production et maintien en condition opérationnelle qui permettent le moment venu l’indépendance sur la durée des forces engagées.

Pour ce faire, l’industrie de défense terrestre doit avoir trois axes d’effort :

  • le renforcement de la compétitivité, 
  • l’innovation 
  • l’exportation.

Le renforcement de la compétitivité

Au-delà des systémiers ou des grands groupes, de type NEXTER, les PME(s) du secteur de la défense doivent être soutenues pour qu’elles puissent se doter des outils et/ou développer des systèmes de mutualisation de leurs compétences et de leurs ressources. En effet, les PME françaises des secteurs Défense/Aerospace sont de taille trop réduite, ce qui freine leur développement international. 

Même s’il existe des PME performantes et exportatrices, ce facteur de taille pénalise indiscutablement le développement des PME à l’international. 

Toutes les analyses montrent que les succès à l’export sont le fruit d’une démarche longue, coûteuse, et donc plus facilement réalisable par les entreprises d’une certaine dimension. Elle requiert du savoir-faire, des connaissances qui imposent de recruter des personnels qualifiés. Elle est largement dépendante de l’assise financière de l’entreprise, de sa capacité à investir en R&D (Recherche et développement) et à innover. 

Si les exemples de groupements de PME sont nombreux, il en existe peu dédié à l’industrie de défense et quand ils existent ne déploient pas de logique de prospection internationale efficace, n’ayant pas recours aux services d’acteurs implantés localement et n’ayant pas à leur tête de professionnels de l’export et / ou de l’industrie de défense.

Seule la DGA, ayant seule la cartographie complète des industries défense françaises, est apte à promouvoir des Clusters - GIE équilibrés regroupant des entreprises complémentaires sur les secteurs Aerospace / défense.  

Pour cela il convient de créer un observatoire des PME – PMI de défense et de promouvoir des GIE de l’industrie de défense régionaux pour en faire de véritables outils permettant  de jouer pour les industries de défense le rôle d’un pôle de compétitivité et permettant de :  

  • Développer le rayonnement des PME-PMI de défense françaises
  • Développer les relations avec des structures analogues à l’étranger (tel NDI, la NWAA au RU).
  • Faire naitre des partenariats technologiques, impliquant notamment les PME de défense françaises  et étrangères dans le but de positionnements communs sur les marchés internationaux.
  • De structurer un réseau international de correspondants sur le modèle mis en œuvre par BCI (Bretagne commerce international) ancrés, pays par pays, dans la réalité économique, juridique et commercial du marché cible permettant d’identifier des « Market entries » sur le pays cible.

C’est à ce prix que l’on permettra aux PME(s) – PMI(s) de défense française d’être compétitives.

L’innovation

Là également la réponse tient en 3 lettres : GIE qui dans différents domaines technologiques pourront initier, grâce à l’atteinte d’une taille critique,  des partenariats avec les laboratoires, écoles, instituts, centres de recherche de nos régions.

Le GIE permettra aux entreprises membres d’avoir accès à des outils de financement européens, nationaux et régionaux permettant l’autofinancement de la structure GIE et permettra une capacité (réduite mais réelle) à prendre le relais du financement des études et de la préparation alors que les programmes d’études amont (PEA) de la Direction générale de l’armement (DGA) sont en baisse. Cela constitue, d’une certaine façon, un changement de modèle permettant dans une phase de forte concurrence et d’offres nombreuses, de concentrer les efforts d’une PME (ou d’un groupe de PME membre) sur le développement et l’innovation sur leur cœur de métier.

L’exportation 

Il est clair que dans un contexte de compétition renforcée, la compétitivité et l’innovation sont des facteurs clés de réussite sur les marchés. De même, la bonne prise en compte des besoins des clients, avec agilité et réactivité, permet de saisir les nombreuses opportunités que le marché mondial nous offre. Le marché de la défense terrestre, en effet, demeure actif en raison des menaces que nous connaissons.

Alors qu’il est difficile pour une PME-PMI d’accéder aux marchés internationaux, il est important de permettre aux PME-PMI française d’aborder et d’adresser ces marché en partenariat avec des acteurs locaux. 

C’est aujourd’hui une logique que déploient avec succès les clusters anglo-saxons qui recherchent aujourd’hui des partenaires français pour compléter un catalogue de compétences leur permettant de se positionner sur les marchés internationaux et de chasser en meutes. Faute d’acteurs français en capacité de répondre à cette démarche, le partenariat industriel franco-britannique est au point mort depuis 2010 et freine les capacités de l’industrie de défense française dans son positionnement international.

L’industrie de défense terrestre et aéroterrestre représente en France de l’ordre de 20 700 emplois tenus par des personnels très qualifiés qui font de ce secteur un acteur compétitif mondialement représenté et apprécié. L’industrie du terrestre présente une structure diversifiée alliant des divisions de grands groupes, des donneurs d’ordre de taille intermédiaire comme Nexter, et un tissu très actif de PME. Les emplois industriels sont dans notre secteur aussi bien orientés vers les activités de développement que vers celles de la production ou du soutien. Parmi ces emplois, approximativement 15 000 sont localisés dans les entreprises de taille intermédiaire et dans les PME. À ces 20 700 emplois directs viennent s’ajouter à peu près autant d’emplois indirects localisés dans les sociétés sous-traitantes.

L’activité générée par la défense terrestre irrigue l’ensemble des régions du pays même si 70 % des emplois se concentrent dans 5 d’entre elles : l’Île de France, la région Centre, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la région Bretagne et la région Rhône-Alpes. Dans ces territoires, l’effet d’entraînement de ces entreprises ainsi regroupées serait d’autant plus important que dans de nombreux cas ces mêmes bassins d’emploi rassemblent des acteurs étatiques de la défense : centre d’essais, écoles… (la Bretagne est à ce titre un excellent exemple).

Le chiffre d’affaires du secteur a atteint 5,3 milliards en 2011, dont 40 % à l’exportation. Ainsi l’industrie de défense terrestre non seulement prépare les matériels et les services qui contribuent à la défense du pays et à la préservation de sa souveraineté mais apporte une contribution directe très importante au développement économique national. 

Un fait majeur mérite d’être souligné : 60 % de l’activité de défense terrestre sont liés à la commande nationale, vecteur bénéfique à quatre niveaux : la vision pluriannuelle permet l’investissement et la pérennité de l’emploi ; une prise de risques sur des nouvelles technologies ; des partenariats ; la commande de l’État, enfin, reste quelquefois incontournable à l’exportation.

Le paysage industriel européen dans la défense terrestre reste très fragmenté avec un nombre important d’acteurs, eux-mêmes principalement orientés vers leur marché national. En parallèle, alors que les engagements extérieurs y conduisent naturellement, les fournisseurs américains sont de retour et l’État américain tente de placer ses surplus vers les marchés tiers. Les concurrents des pays émergeants redoublent d’activité, montent en gamme et leur placement prix reflète leur structure de coûts, tirée vers le bas. 

Au plan stratégique, l’industrie européenne se trouve placée devant l’alternative suivante : soit maintenir un profil d'acteur généraliste multi-segments du terrestre visant à couvrir, avec une gamme large, une part importante des besoins - pour tenir ce rang, les acteurs doivent participer à la consolidation dans un objectif d'accroissement de leur taille et donc des moyens financiers nécessaires à l’autofinancement : Cela porte un nom : des GIE régionaux de l’industrie de défense. 

Cette organisation de nos PME-PMI(s) permettra : 

  • De pérenniser une capacité industrielle en France, autonome dans la conception ou dans l’utilisation et le soutien des matériels, capable de servir les besoins des forces armées en matière de systèmes et d’équipements de défense terrestre. Les britanniques l’ont compris en associant pleinement les clusters de PME(s) de défense anglaise au programme SC21 (supply Chain 21)
  • De réunir par ce biais-là les conditions à moyen terme d'une viabilité économique améliorée et robuste car assise sur une base d'activité élargie et moins tributaire des budgets de défense français en continuelle baisse depuis 20 ans puisque dotée d’une capacité commerciale export multipliée. 

Il ne s’agit pas de faire un meccano d’affichage, plus apte à la communication et aux effets d’annonce qu’à mettre en œuvre des partenariats, mais d’élaborer un vrai projet industriel national avec une analyse approfondie des aspects techniques, industriels, économiques et sociaux. Les situations respectives des entreprises, les complémentarités comme les synergies sont donc à examiner à partir de la réalité vécue par chacune d’entre elles.

Eric Lambert
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