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DEFENSE & SECURITE

Armée de Terre : défis et avenir

Victanis Advisory Services GmbH
2018-10-06
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L’opération Malienne, si elle démontre l’excellence au combat de l’armée de terre, est-elle le chant du cygne d’une armée à qui, depuis 20 ans, on demande de maintenir toutes ses compétences en lui en refusant le budget et les moyens de le faire ou la fin d’un cycle organisationnel qui verra nos armées et particulièrement l’armée de terre évoluer de manière fondamentale ?

3 éléments vont influer dans les mois et les 5 ans à venir sur le devenir de nos armées, plus particulièrement sur le format et les moyens de l’armée de terre donc sur la coopération franco-britannique.

  1. Les contraintes budgétaires et leurs effets sur la relation de défense franco-britannique, seule réalité tangible d’une Europe, non de la défense, mais acceptant d’engager des forces armées ;

  2. Le désengagement progressif des Etats-Unis et leur réorientation stratégique sur la zone pacifique et leurs attentes concernant leurs deux principaux alliés en Europe ;

  3. Le rôle qu’entend jouer la France dans le monde et l’évolution des menaces qui la concerne l’obligeant à faire évoluer sa doctrine de défense.

Si les points II et III sont à traiter indépendamment, le premier influera directement sur l’avenir et le devenir de l’AdT.

Les contraintes budgétaires

Patricia Adam, la présidente de la commission de la défense de l'Assemblée nationale, a averti que les réductions proposées par le ministère des finances, verrai un budget de la défense,  au plus bas depuis 20 ans, amputé de 30 milliards € d’ici à 2020. Ces réductions  influeront directement sur les capacités opérationnelles et sur le partenariat franco-britannique.

«Nous sommes en pourparlers constants avec les Britanniques sur ce que nous pouvons partager en termes de défense, mais vous ne pouvez partager ce que vous avez, pas ce que vous n'avez pas". 

 

Depuis les traités de coopération de défense de Lancaster House de 2010, la Grande-Bretagne et la France ont uni leurs forces pour intervenir conjointement à la destitution de  Mouammar Kadhafi et à l’intervention au Mali.

Ayant fait ses preuves sur le terrain, la coopération entre les deux grandes puissances militaires européennes doit maintenant s’orienter sur des programmes communs tel que le développement de missiles (en cela MBDA est un vrai succès) mais également sur le champ des appareils de combat, la prochaine génération de drones et, priorité britannique, la cyber sécurité.

Alors que le ministère de la défense a vu son budget décroitre à 1,56 pour cent du PIB, environ € 31 milliards en 2012, la France va devoir faire des choix sur le format de son outils défense et particulièrement de son armée de terre qui démontre depuis 3 mois, ses capacités et son utilité militaire mais également diplomatique.

Alors que le ministère du Budget a appelé à une réduction encore plus draconienne, qui "coupera à coup sûr toutes capacités d’interventions extérieures des armées » la question simple que les militaires et les décisionnaires politiques doivent se poser est, comment conserver une capacité de projection ? Cce qui est sous tendu dans  l’entretien accordé au journal Le Monde par Mme  Patricia Adam  « d'ici 2015, tout ce qui restera sera la sécurité nationale, des forces spéciales et la dissuasion nucléaire alors que toutes ou (grosse) parties des forces conventionnelles auront disparu ».

En effet le fameux “Plan Z",  (ajourné pour le moment) conduirait à 50.000 nouvelles suppressions de postes dans les armées (civils et militaires) en 2015 – et 100.000 d'ici à 2020 – ce qui équivaudrait à  la moitié du nombre total des troupes et des avions et matériels de combat et à la perte de compétences parfois rares ou  uniques.

Un haut fonctionnaire de la Défense a, à ce propos, déclaré au Daily Telegraph que si les objectifs principaux des traités de Lancaster House ne seraient pas en danger, une série de joint-ventures avec la Grande-Bretagne  seraient de facto remises en question à court terme. Cela signifierait, par exemple une baisse des commandes d’A400M ce qui mettrait l’ensemble de l'équilibre financier du programme en péril" a-t-il averti.

Cela signifiera également à un arrêt, de facto, du développement de nouveaux traités franco-britanniques  par MBDA (seul exemple de collaboration industrielle récente entre les deux nations) ce qui sèmera la consternation à Whitehall.

"Toute baisse de moyens en Grande-Bretagne ou en France sera tout simplement une remise en cause et un affaiblissement de l'alliance entre la Grande-Bretagne et la France ", déclarait ce même haut fonctionnaire au quotidien britannique.

 

Il y a de plus en plus d’inquiétude du côté britannique au sujet des capacités françaises, avec des officiels britanniques résignés quant à la capacité de Paris à faire des « choix difficiles ». 

A ce titre Ben Barry, expert militaire à l'Institut international d'études stratégiques a déclaré "Si ces mesures sont appliquées à grande échelle, il sera plus difficile pour l'armée française de  monter des expéditions durables et lointaines".

Alors que faire ? Quels arbitrages (quelles amputations) doivent être réalisés pour maintenir les compétences internes, la capacité à se doter de matériels modernes en nombre suffisant et conserver aux armées la possibilité de conduire des opérations extérieures ?

Un excellent article de Pascal Ramounet, paru le 5 Avril sur le non moins excellent blog « le fauteuil de Colbert » exposait ce challenge que représente la mutation et la réforme de l’Armée de Terre, c’est à sa lecture que s’affine l’analyse que nous exposons ci-dessous qui rappelle la conclusion de l’article « La maritimisation de la défense française, une réalité depuis 10 ans ».

Réduction, amputation sont les mots que l’on entend le plus souvent lorsque l’on aborde la réforme longtemps évoquée, jamais complètement réalisée de « l’outil de défense terrestre » français.

Ce débat qui dure depuis 20 ans a, depuis longtemps, perdu de son intérêt tant ses paramètres de départ (réflexion post guerre froide) sont aujourd’hui obsolètes.

Deux mots, paradoxaux dans ce contexte, résument la situation de l’Armée : Professionnalisme et faiblesse.

Faiblesse d’un outil qui aligne quelques 3000 VAB, plus de 600 VBCI et 240 MBT LECLERC mais qui, de par les résultats des coupes budgétaires précédentes et du contrat opérationnel demandé, n’est pas en mesure de se mobiliser avec un court préavis et dont l’utilisation d’un nombre réduit en opération nécessite tout le soutien existant.

Les chiffres… et leur réalité nue

Sur le papier l’AdT dispose encore d’une force blindée mécanisée de 600 VBCI et 240 MBT auquel s’ajoutent 3000 VAB. Impressionnant, ces chiffres masquent difficilement le fait qu’elle ne dispose que d’une quarantaine de TIGRE  et de 2 NH90 censés remplacer les cacochymes PUMA.

En un mot le format actuel de nos armées, Hommes et matériel, n’est pas le fruit d’un programme logique mais d’une guerre politique entre composantes d’un côté et Industriels et politiques de l’autre…. Passons…. mais ce manque de logique amène l’AdT à ne disposer que d’un régiment de drones tactiques vieillissant dans un contexte où est freiné des programmes d’armement vitaux pour la modernisation de nos forces faisant de l’une des plus puissantes et importante armée d’Europe, un système au bord de l’asphyxie.

Il est donc urgent de repenser une armée de terre certes reformatée mais plus versatile, plus disponible, bien équipée et disposant de moyens de projection, permettant la formation d’une force terrestre dont la valeur ne dépendra plus du nombre théorique de moyens mais de la complémentarité de ces derniers.

Quelles réponses ?

Pour arriver à cette réponse, il nous faut revoir l’histoire récente de ces 20 dernières années et analyser les situations et conditions réels d’emploi de nos forces dans un contexte international où l’Europe pacifiée et les Russes occupés dans le Caucase ne représentent pas de menaces terrestres immédiates. C’est donc  outre-mer que se trouvent ses théâtres d’intervention. Théâtres nécessitant de pouvoir y projeter des moyens puissants et homogènes en un temps de réaction très court.

Le plein retour de la France dans l’Otan et ses différents partenaires militaires (de jure ou de facto) permettent de penser qu’elle n’aura plus à intervenir seule dans des conflits de haute intensité en engageant ses seules forces terrestres. 

Armée de supplétifs entendons-nous régulièrement lorsque cette solution est posée. Sacrifice de l’autonomie militaire et même de l’indépendance du Pays penseront les autres.

Pourtant les défis militaires français ne sont plus terrestres. Défis pour lesquels l’armée n’est pas formatée puisque son équipement et sa doctrine ne sont plus le fruit d’une politique de long terme mais de décisions politiques et industrielles successives où la variable budgétaire supplante la pensée stratégique à long terme.

Ce préambule posé nous pouvons donc en tirer un modèle où la France reformaterait ses forces terrestres dans l’optique d’interventions extérieures de faible ou moyenne intensité (type MALI) soit en projection de forces conséquentes dans le cadre d’une opération internationale sur des conflits de moyenne et haute intensité (IRAK 1, AFGHANISTAN…… aux MALOUINES ou dans le PACIFIQUE).

Cela porte un nom : une force expéditionnaire dont les moyens matériels seront conçus, certes en fonction de leur emploi mais aussi par leur capacité à être projetée via la Marine et l’armée de l’air avec ses A400M.

Eric Lambert
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