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Automobile

L’économie circulaire dans l’industrie automobile : jusqu’à quel point pouvons-nous l’adopter ?

Victanis Advisory Services GmbH
2018-11-27
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Depuis 2008, les émissions de CO2 produites par l’industrie automobile ont chuté́ de près de 24 %, une baisse significative dont le succès peut être attribué aux constructeurs et aux équipementiers. Ces derniers ont en effet réduit les émissions de carbone en utilisant des sources d’énergie renouvelables ou à faible émission de carbone.

En plus de cela, au cours de la dernière décennie, la consommation d’eau par voiture produite a été réduite de 31 %. Ceci a été accompli par l’emploi de technologies de recirculation qui mettent en avant la réutilisation de l’eau, limitant ainsi sa consommation.

Enfin, les constructeurs automobiles ont modifié leur objectif : ils ont aujourd’hui pour but de fabriquer des voitures offrant un plus grand nombre de fonctionnalités qui les rendent plus sûres, plus propres et plus intelligentes. Tous ces effets ont contribué à ce que la quantité de déchets produits par voiture a chuté de près de 14 % au cours de cette même période.

Le secteur de l’automobile a démontré son engagement dans la réduction de l’impact environnemental de la production et de l’utilisation de véhicules, mais il reste néanmoins des choses à faire pour atteindre cet équilibre nécessaire entre économie et problèmes liés à l’écologie. L’une des solutions suggérées pour réduire l’impact sur l’environnement est d’adopter une économie circulaire.

Les défis environnementaux

Favoriser l’économie circulaire dans l'industrie automobile requiert d’intégrer les grands défis environnementaux :

  • Combattre le réchauffement climatique : garantir une réduction des émissions de gaz à effet de serre
  • La santé : réduire les émissions de particules ayant un impact sur la santé
  • La préservation des ressources naturelles : réutiliser et optimiser l'utilisation des ressources naturelles

Afin de relever ces défis environnementaux, les fabricants automobiles se doivent d’être encore plus innovants en ce qui concerne les processus de production. Des solutions qui pourraient ouvrir la voie à une stratégie durable pour l’environnement incluent l’adoption d'un modèle de production qui dépend de processus écologiques hautement performants et à moindre coût.

Réduction des déchets

La production de véhicules implique une génération importante de déchets, et la plupart de ces derniers finissent dans des décharges. Dans les années 1990, les sous-traitants fabricant des pièces et les constructeurs automobiles, en Asie et Europe, faisaient face à de nouvelles régulations environnementales. Les coûts de mise en décharge augmentaient à mesure que les capacités en décharges devenaient de plus en plus faibles. Lors de ces mêmes années, les entreprises automobiles nord-américaines ont commencé́ à adopter le recyclage pour réduire les déchets. Cette mesure a eu également un impact économique positif puisqu’il s’est avéré plus rentable de recycler que de déposer des déchets en décharge. Aujourd'hui, certaines méthodes de réduction des déchets automobiles intègrent le reconditionnement et le recyclage :

Le reconditionnement

Souvent confondu avec le recyclage, le reconditionnement implique la remise en activité de pièces afin qu’elles soient conformes aux spécifications du produit fini d'origine en utilisant des pièces réparées, réutilisées ou neuves. Le processus revient à remplacer ou réparer des modules ou de composants usés. Le reconditionnement peut être défini comme une forme de « remise à niveau » du produit, de manière à ce qu’il présente les mêmes qualités qu’un produit sorti d’usine. La United States Environmental Protection Agency (Agence de protection de l’environnement des États-Unis) a mis en place le programme «Comprehensive Procurement Guideline » (Lignes directrices générales en matière de réapprovisionnement) dont le but est de promouvoir la réduction des déchets au moyen du reconditionnement.

Le reconditionnement pourrait être implémenté à vaste échelle pour la fabrication de pièces automobiles, en tant qu’effort visant à respecter des objectifs environnementaux via la mise en place d’une économie circulaire. Cela apporterait une forte efficacité en matière de réduction de déchets. De nombreuses entreprises ont adopté́ cette stratégie, notamment des fournisseurs de boîtes de vitesse et de moteurs. Des études montrent que le reconditionnement engendrait un gain de consommation énergétique pouvant aller jusqu’à 80 % comparé à la fabrication de nouvelles pièces. Le processus requiert 88% d’eau en moins et libère environ 90 % de produits chimiques en moins. Au total, cette approche pourrait réduire la mise en décharge de 70 %.

Le recyclage à circuit fermé

Il s’agit d'un processus auto-suffisant qui utilise des matériaux recyclables ayant la capacité de maintenir leur propriétés (physiques, chimiques …) tout au long du cycle. Il s’agit d'une solution privilégiée puisqu’elle permet le recyclage de produits sous leur forme d'origine. L’une des solutions préférentielles et déjà mises en place dans un cadre marketing et permettant un recyclage à circuit fermé, est d’encourager les fabricants automobiles à accroitre les programmes de collecte (sous forme de rachat …) des véhicules approchant la fin de vie.

Bien que plusieurs entreprises fassent appel à de tels programmes, il est sinon de la responsabilité du client de localiser et contacter le centre de collecte. Les entreprises cherchent ainsi des arguments commerciaux pour motiver les clients à restituer leurs véhicules en fin de vie, véhicules dont la durée de vie moyenne est estimée à 13 années d'utilisation. Selon le Forum économique mondial, le recyclage à circuit fermé réduit la consommation d’énergie jusqu’à 75 %. Ceci se traduit par une forte réduction de coût pour les constructeurs, tout particulièrement lorsque l’on prend en considération le fait que le coût d’extraction n’est pas intégré directement dans la production de nouvelles pièces. Ceci apparaiit comme une solution d’avenir au regard du modèle économique actuel, dans lequel nous extrayons, fabriquons et finalement rejetons les pièces, sans logique de développement durable.

La conception au service de la durabilité

Une conception durable peut se définir comme la conception d’objets physiques ou de services afin qu’ils soient conformes aux exigences de durabilité écologique. Sur la base de ce concept, les véhicules sont conçus pour être durables tout au long de leur cycle de vie. Parmi les moyens de mise en œuvre d’une conception durable, il y a l’allongement du temps d’utilisation des véhicules (pas nécessairement l’objectif premier des constructeurs …) et s’assurer qu’ils soient adaptés au recyclage une fois en fin de vie (de vrais efforts sont faits dans ce sens). De façon générale et pour des raisons autant économiques qu’écologiques, l'industrie automobile conçoit des véhicules qui réduisent, même si des efforts restent à faire, leur impact sur l’environnement.

Les limites et les chances de l’économie circulaire

Bien que les bénéfices liés à l’adoption d'une économie circulaire soient évidents, l’industrie automobile est confrontée à de vrais défis. L'un d’entre eux concerne le coût du recyclage, qui peut s’avérer supérieur au coût d’extraction des ressources, ceci en raison des nombreux procédés requis pour retravailler les matériaux afin qu’ils se conforment aux normes de qualité́ attendues pour le produit fini. La mise en place d’une installation de recyclage exige des investissements élevés et par ailleurs, nombreux sont ceux qui défendent l’idée selon laquelle les produits recyclés sont de moindre qualité. Pour contrer ce fait ou cette perception (selon les cas), les tests de conformité de la qualité des pièces et de la sureté du véhicule doivent couvrir les nouvelles interrogations liées au recyclage.

Ainsi, même en prenant en compte ces inconvénients et difficultés réelles, nombreuses sont les raisons qui devraient pousser l’industrie automobile à adopter plus encore l’économie circulaire. Ce modèle économique réduit globalement la consommation d’énergie, convainc le consommateur, diminue différentes formes de pollution et de fait encourage la mise en place des bilans écologiques (évaluation des performances environnementales). La pression croissante des consommateurs ainsi que le renforcement des normes écologiques (Chine, Europe...) conduiront très probablement à une augmentation de l'importance des bilans écologiques. Une fois mis en place chez les constructeurs et sous-traitants cet instrument de mesure (ce « thermomètre ») de l’impact des modes de production, l’économie circulaire sera certainement remise à l’ordre du jour chez ces acteurs.

Yves Rommel
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